Radiohead – Paris 2012 : le concert de la peur


Mes réactions à chaud après le concert de Radiohead à Paris-Bercy du vendredi 12 octobre 2012.

Est-ce un groupe pour le live?

Il y a des groupes intimement liés à la scène, et puis il y a les autres. Par exemple, la funk ou le heavy metal sont des styles de musique indissociables de la scène puisqu’ils permettent à chaque musicien de s’exprimer par des solos et qu’ils proposent des morceaux conçus pour se déhancher ou se défouler.

Le fan de Radiohead va au contraire entretenir une relation particulièrement intime avec les productions du groupe. Leurs innombrables chef-d‘œuvres accompagnent ainsi chaque jour les histoires d’amour, les dépressions, l’euphorie ou la mélancolie de milliers de gens, mais on va difficilement mettre un son de Radiohead à un goûter d’anniversaire. Populaire et personnel à la fois, en somme.

Artistiquement, Radiohead a progressivement quitté les sonorités et les constructions rock de ses débuts au profits de morceaux plus enivrants-électroniques, au format beaucoup moins traditionnel et logiquement moins accessibles. Et même si je suis relativement hermétique à ces sonorités récentes, leurs albums ont toujours proposés de véritables joyaux qui m’ont permis de rester fan. Mais quelle cohérence donner à un concert quand on a fait évoluer son style aussi radicalement ?

Pas que du son

Les œuvres de Radiohead sont complètement assumées et truffées d’expérimentations inaudibles pour certains et géniales pour d’autres. Véritables orfèvres du son, Thom Yorke et son équipe ont aussi suscité une passion qui dépasse le cadre musical. Entre leurs sites web originaux et l’identité graphique ultra travaillée accompagnant chacun de leurs albums, ils apparaissent un peu comme une entité artistique globale assez avant-gardiste, ce qui en fait le groupe préféré des web-designers bobos.

Des robots sur scène?

Photo : Kevin Winter/Getty Images for Coachella

Les morceaux de Radiohead sont comparables à des œuvres extrêmement abouties qui doivent être reproduites à l’identique. Et ce fut le cas durant ce Bercy 2012 : hormis des raccourcissements logiques, les morceaux furent des copies conformes des versions studios.

Pas la moindre improvisation, très peu de mini-réarrangements : cette capacité à reproduire/interpréter parfaitement des morceaux rythmiquement et mélodiquement très balèzes est une vraie performance — et un bonheur absolu pour le fan — mais ne vérifie pas le concept du live exprimé en début d’article.

Spectacle des yeux

Photo : Janina_b à Miami (http://instagram.com/p/HiTpHRNjHH/)

Pour justifier cette reproduction parfaite des morceaux, radiohead a travaillé sur une expérience visuelle intéressante pour cette tournée, et c’est elle qui était sensée apportée la plus-value live.

Le dispositif est composé d’un mur de diodes mais surtout de nombreux écrans suspendus dont la disposition et l’angle varient d’un morceau à l’autre. D’un format carré façon instagram, ces panneaux permettent de mettre en valeur chaque membre du groupe grâce à des plans serrés, procurant une intimité bienvenue pour un spectacle de cette ampleur.

De nombreux filtres graphiques étaient appliqués à ces écrans mobiles, toujours complémentaires des effets proposés sur le mur de diode, permettant une immersion totale dans les morceaux via des couleurs et animations toujours différentes.

Bien que certains de ces traitements soient souvent trop proches d’un equalizer de Windows Media Player du début des années 2000, j’ai trouvé le rendu particulièrement impactant sur quelques morceaux, notamment lorsque le visage torturé de Thom Yorke était affiché sur chaque écran alors qu’il jouait seul au piano. Le volume apporté par les perspectives de ces fenêtres de pixel m’a plongé dans un véritable clip live, mais j’aurais aimé une utilisation encore plus aboutie de ce qui reste tout de même un très beau concept.

Entre chaque morceau, les écrans situés sur le haut de la scène affichaient des QR code dont j’ignore toujours la destination : intrigant et moderne.

Alors c’était bien ?

J’ai découvert la musique avec Radiohead, lorsqu’enfant je dérobais le Walkman Sony de ma grande sœur pour me plonger dans un éveil auditif qui a marqué toute ma vie. Aller voir Radiohead vingt ans plus tard était donc tout un symbole… et cette expérience a très mal commencée.

Le début du concert a été dominé par des morceaux ultra rythmiques et bourrins que j’ai trouvés particulièrement inintéressants en conditions live. Mais après tout, c’est la tournée King of Limbs, album que je n’aime pas.

The daily mail a heureusement apporté un peu d’intimité et surtout beaucoup d’émotion en réponse à la performance de Thom Yorke au sein d’un Bercy subjugué.

Malheureusement, la violence reprendra immédiatement le dessus après cette trêve pleine de sensibilité et il faudra attendre le salvateur You And Whose Army pour que le concert commence réellement et ne s’arrête plus sur cette magnifique lancée.

Enfin du Radiohead : des chansons à la construction fantastique dont la montée en puissance se prête parfaitement à un live !

On est face à des musiciens de premier ordre, ça joue des effets avec maestria, Thom Yorke est étonnamment énergique et charismatique : un bonheur décuplé après un démarrage frustrant qui me permet d’affirmer qu’il s’agissait d’un très bon concert.

La liste des morceaux du vendredi 12 octobre 2012 à Paris Bercy :

  • Lotus Flower 

  • Bloom 

  • There There 

  • The Daily Mail 

  • Myxomatosis 

  • Bodysnatchers 

  • The Gloaming 

  • Separator 

  • I Might Be Wrong 

  • Videotape 

  • You and Whose Army? 

  • Nude 

  • Planet Telex 

  • The National Anthem 

  • Feral 

  • Paranoid Android 


Rappel :

  • Exit Music (for a Film) 

  • Staircase 

  • Morning Mr. Magpie 

  • Weird Fishes/Arpeggi 

  • Reckoner 


Rappel 2 :

  • Give Up the Ghost
  • Everything in Its Right Place

Rappel 3 :

  • Idioteque 


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s